lundi 25 février 2008

Indépendance du Kosovo : la Russie s’étrangle d’indignation

le 25.02.2008
Source : http://www.liberation.fr/actualite/monde/312035.FR.php

L’indépendance du Kosovo continue de susciter bien des passions et des indignations en Russie. Depuis que le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé vendredi que c’était un «précédent horrible» aux «conséquences imprévisibles», et qu’il reviendrait comme un boomerang «dans la gueule» des Occidentaux, chaque responsable russe ajoute son petit couplet. Samedi, un proche du président russe a estimé que reconnaître l’indépendance du Kosovo revenait à «armer un fusil» dont «personne ne sait ni où ni quand le coup partira».

Moscou, qui dépêche aujourd’hui le dauphin de Poutine, Dimitri Medvedev, en Serbie, exhale un parfum de guerre froide. La Russie a accusé hier Washington «d’indifférence au sort de centaines de milliers de Serbes pratiquement poussés dans un ghetto au XXIe siècle». «N’est-ce pas du cynisme que d’humilier ouvertement le peuple serbe et de lier les projets euro-atlantistes [de Belgrade] à leur accord sur le dépeçage de la Serbie ?» a demandé le ministère russe des Affaires étrangères. «Qui peut qualifier de moral l’argument américain selon lequel le Kosovo est un cas unique, signifiant que l’accès au statut d’Etat est un droit pour un, mais pas pour les autres».

dimanche 24 février 2008

La reconnaissance du Kosovo, c'est une triple faute

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, se demande «si la France est assez futile pour se flatter d'avoir un nouvel ambassadeur dans sa capitale avant même que le Parlement ait été saisi».


Source : http://www.lefigaro.fr/debats/2008/02/20/01005-20080220ARTFIG00655-la-reconnaissance-du-kosovo-c-est-une-triple-faute.php
le 24.02.08 .17h46

M. Thaçi a déclaré l'indépendance du Kosovo et derechef nos médias s'illuminent devant la profusion des drapeaux agités à Pristina. On peine un peu à nous expliquer la signification du nouveau drapeau kosovar, vu la difficulté à justifier que les étoiles censées représenter les «minorités ethniques» sont précisément rejetées à l'extérieur du dessin du pays.

Reconnaître «l'État du Kosovo», c'est une triple faute.

Une faute contre l'histoire. Celle-ci, contrairement à ce qui s'est passé pour les pays Baltes, n'a jamais connu de Kosovo indépendant. Longtemps soumis au pouvoir turc (comme le fut aussi la Serbie), le Kosovo était, depuis plusieurs décennies, partie intégrante d'un État né par accord international : la Yougoslavie. Au sein de cet État fédéral il faisait partie de la Serbie qui, comme il a été mille fois rappelé, plaçait dans le Kosovo l'origine même de son identité. Que la démographie ait changé, assurément. Belgrade elle-même favorisa cette évolution en accueillant généreusement dans sa province du Kosovo les Albanais qui fuyaient la dictature d'Enver Hodja. Il y avait là matière à imaginer un régime d'autonomie. Cela fut fait. On sait que Milosevic supprima ce régime. Certains, qui auront la curiosité de lire les chroniques, découvriront que l'une des raisons de cette décision fut la plainte des Serbes qui étaient fort mal traités dans un Kosovo «autonome». Milosevic abolit l'autonomie. Il fit mal. Mais la réponse n'est certes pas d'aller à l'excès inverse, créer un État là où il n'y en eut jamais un. Ou alors allons jusqu'au bout. Bafouons l'histoire : reconnaissons la République turque de Chypre ; intéressons-nous au Cachemire ; découpons un peu en Espagne, au Mali, au Tchad, etc., et en France, pourquoi pas ?

Les Français ne veulent plus rien savoir de l'histoire. Mais ce qui est tout récent devrait quand même rester en mémoire et faire réfléchir. La Serbie, objet aujourd'hui de tant de critiques, n'a pas fait la moindre difficulté pour reconnaître l'indépendance du Monténégro, preuve qu'il ne s'agit pas de la part de Belgrade d'attitude obtuse maniaque.

Une faute contre le droit. Il y eut guerre, déclenchée en 1999 par l'Otan en ignorant les principes du droit international, pour mater les Serbes coupables d'avoir réprimé durement trop durement un mouvement d'indépendance qu'ils qualifiaient de terroriste.

Mais la guerre aérienne de l'Otan n'a rien réglé. Pour vaincre, l'Otan devait aller à terre, ce que les Alliés, pas fous et se rappelant la manière dont les divisions nazies furent accrochées, ne voulaient pas. On négocia donc un nouvel accord Serbes-Russes-Américains-Européens qui déboucha sur une résolution des Nations unies, celle dont on voudra bientôt nous faire oublier l'existence, mais qui est le seul droit applicable : la résolution 1244, du 10 juin 1999 : réaffirmation de l'attachement de tous les États membres à la «souveraineté et à l'intégrité territoriale de la République fédérale de la Yougoslavie ». Appel en vue d'une «autonomie substantielle et d'une véritable auto-administration du Kosovo».

Autonomie. Pas d'indépendance, pas de nouvel État. Préservation de ce vieil acquis européen que sont les accords d'Helsinki. C'est à cette condition qu'il y eut paix, et que l'Europe (et les États-Unis) s'épargnèrent une guerre horrible.

Certes une résolution n'est pas intangible. Si le Conseil de sécurité juge que les Kosovars ont raison de proclamer leur indépendance, il adoptera une nouvelle résolution qui se substituera à la résolution 1244. Mais si le Conseil de sécurité ne modifie pas la résolution 1244 et il ne le fera pas , le droit reste aujourd'hui ce que dit ce texte.

Que la France, après les beaux discours de 2003 sur le respect du droit, suive l'exemple des États-Unis et de la Grande-Bretagne est une triste évolution. Nous n'aurons rejoint le camp ni des réalistes ni des cyniques, mais celui des veules, de ceux qui se refusent, par lâcheté, à négocier encore et toujours.

Une faute contre l'Europe unie. Nous sortons d'une de ces brèves périodes où l'on nous a refait le coup de l'Europe projet, de l'Europe politique.

Et si le Kosovo, situé lui aussi comme on le disait avec excitation de la Bosnie, à deux heures d'avion, n'était pas précisément un beau sujet de délibération pour l'Europe unie à laquelle nous sommes censés tant aspirer. Et que fait donc l'Europe unie ? Rien. Bien sûr, sinon constater ses divisions.

Mais faute contre l'Europe, au sens plus large, l'Europe de nos pères, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, l'Europe qui veut bien accepter de considérer que la Russie n'est pas une steppe peuplée de Tatars aux yeux cruels, que les Slaves sont aussi européens, et allons jusqu'au bout de l'ouverture que les Slaves orthodoxes sont aussi européens. La singularité de la France fut d'être ce pays occidental, majoritairement de culture catholique mais heureusement de tradition laïque, qui tendait la main à l'Orient orthodoxe et noua en particulier de solides relations avec la Serbie et avec la Russie. Vis-à-vis de Belgrade, notre seule offre est celle de l'argent européen. Et vis-à-vis de Moscou, faut-il prendre les devants, déployer des éléments de système antimissile, agiter des drapeaux américains à la barbe des vieux popes ? Prenons garde, dans notre excitation, de ne pas perdre entièrement raison. Réputée bien théoriquement vieux pays recru d'épreuves, etc., la France est-elle assez futile pour se flatter d'avoir un nouvel ambassadeur dans sa capitale avant même que le Parlement ait été saisi, et de gâcher très sérieusement des chances de paix sur le continent ? Alors que l'on peut tout aussi bien faire comprendre comme c'est le cas pour les Chypriotes que la négociation est toujours possible et vaut mieux mille fois mieux que le «bling-bling» d'une «reconnaissance» à la remorque.

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La Serbie rappelle ses ambassadeurs des pays qui ont reconnu le Kosovo









Source: http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Home/article/detail/182241/2008/02/23/La-Serbie-rappelle-ses-ambassadeurs-des-pays-qui-ont-reconnu-le-Kosovo.dhtml
le 24.02.2008. 17h40
La Serbie a ordonné lundi à ses ambassadeurs présents dans les pays qui ont reconnu l'indépendance du Kosovo dont la France et la Turquie, de rentrer, a annoncé l'agence Beta.

Le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica venait d'annoncer au Parlement que la Serbie avait ordonné à son ambassadeur à Washington de quitter d'urgence les Etats-Unis en raison de la reconnaissance par ce pays de l'indépendance du Kosovo.

M. Kostunica annoncait qu'il s'agissait "de la première mesure urgente du gouvernement qui va être appliquée à tous les pays qui reconnaissent l'indépendance unilatérale" du Kosovo.
(belga/7sur7)

Le Kosovo indépendant depuis une semaine, parfum de guerre froide dans le monde

Dimanche 24 février 2008 à 11:45
Source : http://www.lexpress.fr/info/infojour/afp.asp?id=5967&1134

La proclamation d'indépendance du Kosovo continue une semaine après de susciter la colère des Serbes et d'alimenter dans la communauté internationale un parfum de guerre froide entre le tandem Belgrade-Moscou et les Occidentaux.

A ce jour, dix-huit pays, dont dix des 27 membres de l'Union européenne ont reconnu le nouvel Etat. Dix s'y sont opposés. Au sein de l'UE, la reconnaissance du Kosovo ne fait pas l'unanimité avec notamment l'Espagne, la Roumanie et Chypre qui la refusent.

Moscou, le grand allié slave de Belgrade, n'a eu cesse de la dénoncer.

Pour le président russe Vladimir Poutine il s'agit d'un "précédent horrible" qui va revenir "dans la gueule" des Occidentaux et aura des "conséquences imprévisibles".

Son envoyé spécial pour la coopération internationale contre le terrorisme et le crime organisé, Anatoli Safonov, a estimé que des "djihadistes du terrorisme" islamique installés selon lui au Kosovo pourraient maintenant agir au grand jour.

Et son représentant à l'Otan, Dmitri Rogozine, a affirmé que Moscou se réservait le droit d'"utiliser la force" si l'Otan ou l'UE "défient" l'ONU sur le Kosovo.

Alors que les Serbes digèrent mal la perte de leur berceau historique, une manifestation géante a réuni jeudi plus de 150.000 personnes à Belgrade pour protester contre l'indépendance du Kosovo. Des groupes d'émeutiers ont attaqué plusieurs ambassades occidentales, dont celle des Etats-Unis où ils ont provoqué un incendie.

L'ensemble de la communauté internationale a vivement condamné ces attaques, le diplomate en chef de l'UE, Javier Solana, avertissant que ce climat de violence empêchait la reprise des négociations de rapprochement avec Belgrade.

Cette menace semble avoir un faible effet sur Belgrade où le président pro-européen Boris Tadic est mis en difficulté par ses opposants nationalistes pro-russes.

Impuissants, les Etats-Unis ont dénoncé le "cynisme" de Moscou sur le Kosovo tout en adoptant une attitude prudente dans l'espoir d'obtenir le soutien russe pour de nouvelles sanctions contre Téhéran dans le dossier du nucléaire iranien.

© AFP

Washington a indiqué ne pas penser que les divergences avec la Serbie et la Russie pourraient dégénérer.

Le Kosovo n'a pas été épargné par les violences, les Serbes kosovars adressant plusieurs signes d'une possible partition de la région nord, adossée à la Serbie, et où vivent 40.000 des 120.000 Serbes du Kosovo.

Ils ont détruit deux postes-frontières entre la Serbie et le nord du territoire kosovar et prévoient d'élire leur propre Parlement du Kosovo lors des élections régionales et municipales convoquées en Serbie le 11 mai.

Divisée entre Serbes au nord et Albanais au sud, la ville de Kosovska Mitrovica est un symbole des tensions ethniques au Kosovo. Dans la partie serbe, quatre explosions d'origine indéterminée sont survenues à proximité d'immeubles d'organisations internationales.

En raison de ces violences, le Représentant spécial de l'UE au Kosovo, Pieter Feith, a décidé samedi le retrait du nord du Kosovo du personnel chargé de préparer le déploiement de la mission de police et de justice de l'UE, Eulex.

A Pristina, après avoir fêté l'indépendance, les autorités du nouvel Etat kosovar ont adopté leurs premières lois, créant notamment un ministère des Affaires étrangères.

Le Kosovo indépendant sera sous "supervision internationale" civile, financière, policière, judiciaire et militaire pour une durée indéterminée.

L'atmosphère est devenue également plus tendue dans les Balkans, les Serbes de Bosnie proclamant qu'ils avaient le droit de faire sécession si l'ONU et une majorité des pays de l'UE reconnaissaient l'indépendance du Kosovo.

Alors que les Occidentaux assurent qu'il ne s'agit pas d'un précédent, le "modèle Kosovo" a donné de l'espoir à des mouvements séparatistes dans d'autres régions d'Europe, ainsi que dans des provinces sécessionnistes de plusieurs ex-républiques soviétiques.

PAYS AYANT RECONNU L'INDEPENDANCE DU KOSOVO:

Albanie, Afghanistan, Australie, Etats-Unis, Pérou, Sénégal, Taiwan, Turquie, et parmi les pays membres de l'UE: Allemagne, Autriche, Danemark, Estonie, France, Italie, Lettonie, Luxembourg, Royaume-Uni, Slovénie.

PAYS PRETS A RECONNAITRE L'INDEPENDANCE DU KOSOVO:

Croatie, Japon, Norvège, et parmi lespays membres de l'UE: Belgique, Bulgarie, Finlande, Hongrie, Irlande, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Suède.

PAYS AYANT EXPRIME DES RESERVES:

Indonésie, Montenegro et parmi les pays membres de l'UE: Grèce, Malte, Portugal, République tchèque, Slovaquie.

PAYS OPPOSES A LA RECONNAISSANCE:

Chine, Géorgie, Moldavie, Russie, Serbie, Sri Lanka, Venezuela et parmi le membres de l'UE: Chypre, Espagne, Roumanie.

vendredi 22 février 2008

Kosovo: précédent "horrible" qui reviendra "dans la gueule" des Occidentaux

MOSCOU - L'indépendance du Kosovo créé un "précédent horrible" qui va revenir "dans la gueule" des Occidentaux, a déclaré vendredi à Moscou le président russe Vladimir Poutine au cours d'une rencontre avec les dirigeants de la CEI (ex-URSS moins les Etats baltes).

"Le précédent du Kosovo est un précédent horrible. De facto, il fait voler en éclats tout le système des relations internationales existant pas seulement depuis plusieurs dizaines d'années, mais depuis des centaines d'années", a estimé Vladimir Poutine.

Evoquant les pays qui ont reconnu la proclamation d'indépendance du Kosovo, le président russe a estimé que la situation aurait des "conséquences imprévisibles".

"Ils ne pensent pas aux conséquences de ce qu'ils font. Au final, c'est comme un bâton à deux extrémités, et l'une des extrémités va un jour leur revenir dans la gueule", a ajouté M. Poutine.

(©AFP / 22 février 2008 20h02)

Kosovo indépendant: l'échec de l'Europe

Kosovo indépendant: l'échec de l'Europe

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Il n’y a aucune raison de se réjouir de l’indépendance du Kosovo, autoproclamée dimanche par le parlement kosovar. Cette issue, qui devrait être avalisée ces prochaines heures par les principaux pays de l’Union (dont la France), est une victoire pour le nationalisme albanais et une défaite pour la Serbie, ce "seul pays qui s’insurgeait contre l’islamisation de l’Europe et l’instauration d’un état de pacotille tel que le Kosovo, dont il n’est pas difficile de voir que, comme l’Albanie ou la Moldavie, il ne sera viable que dans une dimension mafieuse", comme le note l’écrivain Richard Millet dans "Désenchantement de la littérature" (Gallimard, 2007).

Le Kosovo, vieille province serbe (orthodoxe) devenue majoritairement musulmane, ouvre la voie à d’autres possibles processus de sécession, à Chypre, en Macédoine, en Bosnie-Herzégovine et ailleurs en Europe.

Il appartient aux historiens de revenir sur la manière dont la Serbie, farouche opposant au nazisme, aura été disqualifiée par l’Europe et les Etats-Unis dans sa prétention à vouloir garder son territoire, haut lieu de la défaite des Serbes contre les Ottomans en 1389 (la bataille du Champ des Merles) et dont les multiples lieux de culte témoignent de son passé chrétien. Les chercheurs auront à se prononcer sur l’envergure des épurations ethniques reprochées aux Serbes et sur la réalité de celles du camp adverse.

Mais se dévoilent dès à présent l’hypocrisie et les limites du discours multiculturaliste porté par l’Europe, avec les encouragements des Américains soucieux d’équilibrer leur guerre contre le terrorisme islamique (hier, les drapeaux américains flottaient à Pristina). Tandis que Belgrade était bombardée par l’Otan en 1999, le ministre français de l’époque, Alain Richard, assurait: "Nous avons vocation partout en Europe à avoir des états multiethniques qui tolèrent les minorités". Or, c’est bien un Kosovo épuré des Serbes que l’Union s’apprête à reconnaître, au nom de l’apaisement. Pas de quoi applaudir à cette reculade.

LE KOSOVO EST SERBE, COMME LE MASSACHUSETTS EST AMÉRICAIN.

Montréal – le mardi 19 février 2008 –


Voici la réaction de Maurice G. Dantec, à la déclaration unilatérale d’indépendance de la province serbe du Kosovo. La version définitive en sera publiée dans la prochaine édition d’Égards.

* * *

LE KOSOVO EST SERBE, COMME LE MASSACHUSETTS EST AMÉRICAIN.
Par Maurice G. Dantec

Il arrive très souvent aux nations de commettre des erreurs fatales. Il arrive plus souvent encore aux empires de les commettre au nom de la justice. Tout le monde connaît depuis longtemps mes positions pro-américaines et pourtant hostiles à la religion démocratique, pro-israéliennes et pourtant catholiques, pro-occidentales et pourtant pro-russes, pro-européennes et pourtant anti-bruxelloises. Des positions qui m’ont valu tout le dictionnaire des noms d’oiseaux disponibles dans les magasins de la République, et quelques insultes de cour de récréation de la part du nouveau parolier de la Front-National Académie, surtout depuis que mon dégoût pour le Zéropa-Land bruxellois se double de la volonté affirmée mille fois de voir renaître un Saint Empire Romain susceptible d’unifier pour de bon le continent des indo-européens.

Je ne suis pas à une contradiction près, car le monde que j’observe se déliter lentement est précisément le point nodal de tous ces paradoxes et ce qui s’est passé dimanche dernier au Kosovo en est comme l’aboutissement «post-moderne», ce moment ineffable où la pensée humanitaire a remplacé les fondamentaux millénaires de toute authentique politique.

Les USA et l’Union Européenne n’ont pas joué exactement le même rôle dans cette tragi-comédie onuzienne qui prépare déjà un conflit majeur dans les Balkans d’ici les dix prochaines années.

L’UE est un spectre sans la moindre souveraineté, elle est uniquement capable de s’appuyer sur les fonctionnaires de l’ONU pour produire quoi que ce soit en matière de politique étrangère, autant dire rien.

Les USA sont le premier empire circumterrestre/orbital de l’Histoire, cela fait longtemps qu’ils ont compris que l’Europe ne serait jamais un continent fédéré, cela fait longtemps qu’ils ont compris qu’elle ne ferait jamais un allié vraiment fiable, cela fait longtemps aussi qu’ils savent qu’ils n’ont pas vraiment d’autre choix que de la défendre, y compris contre elle-même.

Et c’est précisément ici que tout s’est joué à la fin du XXe siècle, sur cette ligne de fuite qui à la fois distancie et relie les deux continents de la conquête occidentale. C’est ici, dans la poudrière balkanique multicentenaire que tout a commencé, et que tout finira. Car c’est ici que l’histoire s’est renversée, au cours des dernières années du siècle précédent, c’est ici, dans la seule véritable «Europe» qui existe vraiment, que les aberrations du communisme ont conduit à la folie islamiste, c’est ici que l’Europe institutionnelle a baissé les bras devant les génocides de Milosevic et de sa clique, c’est ici que l’armée américaine a dû prendre la relève du néant, en empêchant de justesse le régime bolchevique de Belgrade de conduire jusqu’au bout sa politique absurde, criminelle et suicidaire de nettoyage ethnique dans la province albanophone. C’est-à-dire la mise en place de tous les éléments nécessaires et suffisants pour que sa séparation soit un jour acclamée comme une «victoire de la démocratie».

Que les Américains soient en train de commettre une erreur historique bien plus grave que celle qui a consisté à aider les combattants afghans antisoviétiques sans trop de discernement ne devrait non seulement échapper à personne, mais plus encore il conviendrait de comprendre que cette erreur n’est que le produit de l’incurie européenne, de son incapacité ontologique à faire régner ses principes, et en particulier ceux de la souveraineté nationale.

Dans le même temps il convient de remarquer certains faits non dénués d’intérêt, au regard de la crise qui vient de s’ouvrir:

Les opinions publiques européennes, et leurs gouvernances, ont majoritairement soutenu les communistes serbes lors de la guerre en ex-Yougoslavie. Cela n’a commencé à changer que vers 1994 et surtout après les abominations de Srebrenica qui, soit dit en passant, ont représenté par la suite un des points clés de la propagande djihadiste diffusée à travers le monde pour susciter des vocations.

De nombreuses manifestations de soutien au régime de Belgrade se sont déroulées dans tout l’Occident, lorsque l’US Air Force bousilla trois chars yougoslaves, deux ponts, une usine, et la moitié d’une centrale électrique en 1999.

La Serboslavie était alors encore aux mains de l’ami des progressistes, notre vieille connaissance, Slobodan Milosevic qui, une fois délogé de son trône et assis sur le banc du TPI, ne tarda pas à mourir juste avant de désigner ses complices, dont certains siégeaient au Tribunal.

Milosevic avait ouvert l’ère de la translation, il la ferma. De l’opposition intra-occidentale démocratie/communisme, en dix ans, le monde se configura selon la nouvelle faille: Occident contre islamisme.

On aurait pu alors penser que la Serbie s’étant délivrée du totalitarisme rouge, en parallèle avec la Russie, une nouvelle unité politico-militaire pouvait surgir des cendres du siècle précédent. On pouvait imaginer une adhésion de tous les «pays de l’Est» à l’OTAN, puis une transformation de l’Alliance en une structure de défense hémisphérique, qui inclurait la Russie.

Mais le communisme et l’islamisme en ont décidé autrement, en se repassant le relais du démoniaque au tournant du siècle.

En obligeant les Américains à intervenir contre son propre pays, en les poussant dans les bras de l’UCK et des partis «démocratiques» du Kosovo, Milosevic ne savait pas ce qu’il faisait, bien sûr, comme tous les petits planteurs de clous de l’Histoire.

Il ignorait qu’il signait l’arrêt de mort de la province historiquement matricielle de sa propre nation, il ignorait qu’à cause de lui, et de sa sorcière, les Serbes seraient marqués au fer rouge du sceau de l’infamie au moment même où, lui et ses complices disparus, l’infamie allait se retourner contre son propre peuple.

Car l’ignorance, même celle des roitelets de république populaire, n’a jamais stoppé la roue implacable de l’histoire, cette roue qui broie tout sur son passage, et qui ne pardonne aucune erreur.

Ainsi, à la lumière de ces événements tragiques, qui marquent officiellement le début de la dislocation de l’Europe, avant même sa fondation, voit-on on mieux comment la France, et ses supplétifs de Zéropa-Land, ont à chaque fois trahi les Serbes quand, dans l’Histoire, ils furent directement menacés par les invasions islamiques ou germaniques, pour ne les soutenir en retour que lorsqu’ils glissaient sur la pente du totalitarisme (lire «progressisme») et du génocide socialisant.

Maintenant que ce peuple s’est libéré des griffes du communisme, le voilà pris dans les rets de la «politique» onuzie, c’est à dire cette époque nouvelle qui a décidé d’exterminer les souverainetés historiques au profit d’un morcelage ethnique pacifié, démocratique, poursuivant paradoxalement la politique des génocidaires communistes, avec d’autres moyens, mais des visées assez semblables: extraire les peuples de leurs matrices historiques, les reconfigurer selon des quotas raciaux et linguistiques, les soumettre aux lois de la «communauté internationale», leur allouer la liberté d’obéir ou d’être punis. 1984 va très vite ressembler à un épisode de la Petite Maison dans la Prairie.

Que les États-Unis, si pointilleux sur la notion de souveraineté nationale, aient pu se faire embarquer par les Zéropéens dans cette misérable farce qui sert à ces derniers à faire oublier, de tous leurs larmoiements humanistes, l’inaction complice dont ils ont fait preuve pendant quatre années pleines lors de la guerre civile yougoslave, montre avec quelle intensité la réversion démonique communisme/islamisme a franchi le mur du siècle.

La roue de l’histoire n’épargne pas les empires dominants, bien au contraire. S’ils oublient qu’ils en sont les serviteurs, les «servo-moteurs», s’ils s’en croient les maîtres tout-puissants, les «ordinateurs», les voilà placés devant la lumière aveuglante de l’absurde, devant l’infernale logique des causalités historiques qu’ils n’ont pas su prévoir. Alors qu’ils sont engagés, à l’échelle du globe, dans une guerre tous azimuts contre l’islamisme radical et, osons le dire, contre la poussée générale de la dé-civilisation islamique, les USA soutiennent les Européens et l’ONU dans cette sinistre première qui voit un pays séparé de son cœur historique par un décret «démocratique» de fonctionnaires non élus.

Jamais, même au cours du terrible XXe siècle, on en était arrivé là. On avait déjà, au prix de quelques guerres mondiales, pulvérisé des empires, comme l’Autriche-Hongrie, ou l’Empire Ottoman, on avait déjà rediscuté le tracé de frontières disputées, on avait accordé subséquemment des pays à ce qui avait été des minorités nationales à l’intérieur de ces grandes structures fédérales, mais on avait jamais encore attenté directement au principe fondateur de la souveraineté politique, et en tout cas on ne l’avait jamais fait en organisant pour ce faire le plus grand «téléthon» humanitaire de l’histoire.

Cette époque, qui s’ouvre comme les cuisses d’une catin au plus offrant, les Américains et les Européens vont devoir la méditer longuement. Les Russes, isolés comme toujours, se sont avérés incapables de retourner la situation en leur faveur. Ils en avaient eu pourtant l’occasion à de nombreuses reprises, depuis 2001. Une alliance bipolaire entre USA et Russie aurait évidemment déverrouillé tout le processus. La Russie est aujourd’hui dans la position de l’Allemagne en 1914 ou en 1939. Où qu’elle se tourne, il n’y a plus que des ennemis, ou des amis peu fiables: Europe occidentale, ex-marches ukrainiennes/biélorusses, Chine, Asie Centrale, Nord-Caucase, Iran, Turquie, Japon, elle n’avait donc pas d’autre choix que de risquer le grand saut transpacifique, en rejoignant le continent nord-américain par le détroit de Béring. Une telle alliance aurait déporté tout l’axe du monde vers un autre avenir que celui qui nous est réservé par l’ONU et ses sbires.

L’affaire du Kosovo se serait réglée par un compromis, une large autonomie de la province, les Serbes n’auraient pas été soumis au joug des terroristes albanais et des bureaucrates de Bruxelles, l’Europe aurait sans doute fini par comprendre qu’il était temps de devenir une grande puissance alliée des deux premières, avec toutes les nations qui la composent, toutes les nations, et dans toute leur intégrité.

Au lieu de cela, nous voyons de nouveau l’Occident se diviser lui-même, se désagréger de l’intérieur, alors que les puissances islamiques s’y introduisent, par l’immigration, la démographie, le terrorisme et l’influence économico-politique.

Les Américains accepteraient-ils une motion, osons dire une directive, venue du grand immeuble de New York, dans laquelle l’État du Massachusetts serait séparé par décret «démocratique» et remis à je ne sais quelle «communauté» arrivée d’où vous voulez et dont la population serait devenue majoritaire? Les Britanniques accepteraient-ils que le nord-est de l’Angleterre soit rattaché au Pakistan? Les Français seront ils d’accord le jour où les communautés arabophones de la région de Marseille demanderont leur indépendance ou leur rattachement au Maghreb? Que feront-ils tous lorsque, de surcroît, ces exigences seront appuyées par les 200 autres États de la «communauté internationale»?

Accepteront-ils de devoir plier devant le vote d’un délégué du Swaziland, du Botswana, du Pérou ou du Turkménistan? Accepteront-ils de voir leur pays se faire émietter au nom de principes «démocratiques» édictés par des personnes qui ne se sont jamais rendues devant les urnes? Accepteront-ils que des pans entiers de leurs territoires soient gérés par des «forces de maintien de la paix» qui serviront à bétonner les séparations et les agrégations ethniques, fatales pour leur nation? Accepteront-ils que leurs millénaires d’histoire soient rayés d’un trait de plume par une Europe qui n’arrive même pas à se faire? Accepteront-ils de voir les islamistes se servir des «droits de l’homme» tout en s’activant pour leur Jihad?

Il va falloir que tout le monde comprenne bien ce qui vient d’être mis en jeu, ce dimanche:

Désormais les constructions politiques humaines créées tout au long de l’histoire – disons les 6000 dernières années écoulées– ne sont plus que des abstractions que la Matrice Supranationale Onuzie a pour fonction de remodeler selon les lois humanitaires qu’elle se charge de concocter.

Les Américains, qui ont appuyé cette folie, ne savent pas qu’ils viennent de créer un précédent extrêmement dangereux pour eux-mêmes.

Aveuglés par les pleurnicheries européennes, sans doute désireux de faire un peu de realpolitik à l’égard des pays musulmans, ayant attendu des années un geste de la Russie, mais n’ayant pas su, en retour, instaurer les conditions d’un vrai dialogue, les Américains ont cru que le Kosovo était albanais et que, probablement, affaiblir la Serbie était de bonne guerre.

Toutes les guerres sont «bonnes», ce n’est pas le problème. Le problème est de savoir qui les déclenche et pourquoi. Détruire les fondations occidentales du concept de souveraineté politique est le geste d’un homme épuisé qui se suicide. De l’Europe, difficile de s’en étonner. D’une nation aussi vigoureuse que les USA, ce n’est compréhensible qu’en fonction de la réversibilité démoniaque qui a fait se déplacer le conflit contre le communisme sur le terrain bien plus général de la guerre totale à l’islamisme. Les deux anciens ennemis s’étaient chacun servi de leur influence dans les pays musulmans, durant la guerre froide. Jusqu’au jour où le mur de Berlin tomba, l’année même où Milosevic commençait à provoquer la crise qui conduirait à la dislocation de la Yougoslavie, précisément au Kosovo. Les anciens ennemis auraient dû devenir amis mais sont restés rivaux. Les anciens alliés ont tous changé de camp, soit pour celui d’en face, soit pour celui du Jihad. Et désormais c’est la civilisation européenne elle-même qui prend la décision mortifère de pulvériser les fondamentaux sur laquelle elle s’est construite.

Constatons la terrifiante nature de la réversibilité qui est en œuvre ici: l’UE n’ayant aucune réelle compétence juridico-politique, ce sera aux nations qui la composent d’approuver ou non la décision unilatérale d’indépendance que cette même «Union» aura pourtant promue. Mieux encore, nous allons très vite constater comment ce sont les pays de tradition jacobine-progressiste, telle la France, qui reconnaîtront ce fait accompli, en dépit du droit international, et les nations de nature fédérative, comme l’Espagne, qui sauront sans doute déceler le piège à temps. En attendant, le crime a été perpétré, et ses responsables continuent de s’en vanter à la télévision, leur sourire d’assassins humanitaires en travers de la face.

Il faudra un jour rappeler à tous ces enfants de putain que même l’Alsace est partie intégrante de la France, eu égard à tous ceux qui sont tombés pour elle et venaient de cette marche rhénane. Il faudra rappeler à tous les cuistres progressistes comment ils ont joliment ondulé du bassin entre le soutien total à la Serbie de Milosevic, quand elle se faisait bombarder par les avions de l’Air Force, et leur appui consensuel au complot islamiste en œuvre aujourd’hui au Kosovo. Il faudra que certains m’expliquent comment on peut à la fois soutenir les Serbes, ce peuple qui se tient droit face à l’envahisseur turc depuis plus de six siècles, et les pathétiques crapules criminelles d’Al Qaeda, dont on sait qu’ils tirent les ficelles de l’Armée de Libération Albanaise. Il faudra que d’autres m’éclairent sur l’incapacité des nations européennes à se regrouper autour d’un projet politique commun, celui d’une véritable union fédérative capable de faire pièce à tous les totalitarismes. Il faudra bien que ces concentrés madréporaires de crasse stupidité, ces agrégats d’inculture instruite devenus géopoliticiens de sous-préfecture, s’expliquent un jour sur leur obstination à ne présenter aux Européens que le choix truqué entre leur Union de jacobins technocrates et… rien.

Et puis, bien sûr, je ne manquerais pas de questionner mes amis américains, qui croient naïvement soutenir un projet «démocratique» d’indépendance nationale, sur leur réaction possible si j’évoquais la séparation immédiate d’un des 50 États de leur fédération, par un vote de l’ONU. Je serais le premier à leur expliquer que le Kosovo est serbe, comme le Massachusetts est américain. Comme la Moskova est russe. Comme la Saxe est allemande. Comme l’Île-de-France est française.

Je suis sûr que beaucoup se mettront à comprendre en quoi ils se sont fourvoyés. Évidemment, je leur dirais aussi en quoi il est désormais trop tard.