vendredi 22 février 2008

Kosovo indépendant: l'échec de l'Europe

Kosovo indépendant: l'échec de l'Europe

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Il n’y a aucune raison de se réjouir de l’indépendance du Kosovo, autoproclamée dimanche par le parlement kosovar. Cette issue, qui devrait être avalisée ces prochaines heures par les principaux pays de l’Union (dont la France), est une victoire pour le nationalisme albanais et une défaite pour la Serbie, ce "seul pays qui s’insurgeait contre l’islamisation de l’Europe et l’instauration d’un état de pacotille tel que le Kosovo, dont il n’est pas difficile de voir que, comme l’Albanie ou la Moldavie, il ne sera viable que dans une dimension mafieuse", comme le note l’écrivain Richard Millet dans "Désenchantement de la littérature" (Gallimard, 2007).

Le Kosovo, vieille province serbe (orthodoxe) devenue majoritairement musulmane, ouvre la voie à d’autres possibles processus de sécession, à Chypre, en Macédoine, en Bosnie-Herzégovine et ailleurs en Europe.

Il appartient aux historiens de revenir sur la manière dont la Serbie, farouche opposant au nazisme, aura été disqualifiée par l’Europe et les Etats-Unis dans sa prétention à vouloir garder son territoire, haut lieu de la défaite des Serbes contre les Ottomans en 1389 (la bataille du Champ des Merles) et dont les multiples lieux de culte témoignent de son passé chrétien. Les chercheurs auront à se prononcer sur l’envergure des épurations ethniques reprochées aux Serbes et sur la réalité de celles du camp adverse.

Mais se dévoilent dès à présent l’hypocrisie et les limites du discours multiculturaliste porté par l’Europe, avec les encouragements des Américains soucieux d’équilibrer leur guerre contre le terrorisme islamique (hier, les drapeaux américains flottaient à Pristina). Tandis que Belgrade était bombardée par l’Otan en 1999, le ministre français de l’époque, Alain Richard, assurait: "Nous avons vocation partout en Europe à avoir des états multiethniques qui tolèrent les minorités". Or, c’est bien un Kosovo épuré des Serbes que l’Union s’apprête à reconnaître, au nom de l’apaisement. Pas de quoi applaudir à cette reculade.

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